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Lire un article santé : six questions avant d'y croire

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« Une étude montre que… » ouvre des milliers d'articles par an. Voici ce qu'il faut vérifier avant d'en tirer quoi que ce soit pour sa propre vie.

C'est l'article que j'aurais voulu lire au début. Il ne parle d'aucune pathologie : il parle de la façon dont l'information santé arrive jusqu'à nous, et de ce qui se perd en route.

1. Une étude ou un ensemble d'études ?

Une étude isolée est un élément, pas une conclusion. En recherche, la confiance vient de la convergence : plusieurs travaux indépendants allant dans le même sens, puis des synthèses qui les regroupent et les évaluent.

Un résultat unique et spectaculaire est, statistiquement, plus souvent un résultat qui ne sera pas reproduit qu'une découverte. Ce n'est pas un procès fait aux chercheurs — c'est le fonctionnement normal d'un processus qui avance par accumulation.

2. Sur qui, et combien ?

Un travail mené sur des cellules en laboratoire ou sur l'animal ne dit pas ce qui se passera chez l'humain. C'est une étape nécessaire et elle ne préjuge pas de la suite. Le nombre de participants compte aussi, ainsi que leur ressemblance avec la personne qui lit — un résultat obtenu chez de jeunes adultes sportifs ne se transpose pas automatiquement.

La question n'est pas « est-ce que c'est vrai ». C'est « est-ce que c'est vrai chez des gens comme moi, et à quel point on en est sûr ».

3. Corrélation ou effet démontré ?

Observer que deux choses vont ensemble ne dit pas que l'une cause l'autre. Les études observationnelles repèrent des associations ; établir un lien de cause à effet demande d'autres protocoles, notamment des essais où l'on compare des groupes attribués au hasard.

Beaucoup de titres transforment une association en conséquence. C'est le glissement le plus fréquent, et le plus lourd de conséquences pratiques.

4. Quelle taille d'effet, en absolu ?

« Réduit le risque de moitié » ne dit rien tant qu'on ne connaît pas le risque de départ. Passer d'un risque très faible à un risque deux fois plus faible reste un changement très faible en valeur absolue.

Les réductions relatives sont plus impressionnantes que les réductions absolues, ce qui explique qu'elles soient massivement préférées dans les titres.

5. Qui a financé, et qui parle ?

Le financement ne disqualifie pas un travail, mais il fait partie du contexte et doit être déclaré. De même, l'identité de celui qui commente : un professionnel du domaine, un chercheur d'une autre spécialité et un communicant n'engagent pas la même chose.

6. Que disent les autorités de santé ?

C'est le réflexe le plus économique. Sur la plupart des sujets courants, il existe des recommandations publiques, rédigées à partir de l'ensemble des données disponibles et mises à jour. Elles sont plus fiables qu'un article isolé, y compris le mien, et elles sont accessibles gratuitement.

Et ensuite

Rien de tout cela ne permet de décider pour soi. Ces six questions servent à savoir si une information mérite qu'on s'y arrête — pas à en tirer une conduite. Pour une décision qui concerne votre santé, l'interlocuteur est le médecin ou le pharmacien, qui connaît votre situation, vos traitements et vos antécédents.

Portrait de Ethan Monnier

Rédacteur en chef · Santé & Bien-être

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